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La vie bien remplie de Davide en Bolivie !
Davide est depuis fin décembre en Bolivie, à La Paz El Alto, dans le cadre du volontariat Vidès
Voilà ce qu'il a envoyé pour le journal 'Espace Vidès' avec son humour original!... La fin prouve bien que cette lettre soi-disant adressée à sr Béné était écrite pour les lecteurs …
LA VIE BIEN REMPLIE DE DAVIDE EN BOLIVIE
Salut Béné, tu m’as demandé un article pour le journal. Je regrette. Tu m’en vois désolé mais c’est impossible. Premièrement, j’ai du travail : compléter les rapports sur la situation socio-économique des familles des gosses, ça implique souvent une bonne heure de vélo et de jurons pour trouver la maison, puis il faut préparer les cours, enseigner le soir, ce sont des jeunes avec énormément d’envie d’apprendre du coup ça te motive réellement… je me serais jamais vu en prof, encore moins avec des adultes, mais ça me plait… pas le temps, désolé. Deuxièmement, il faudrait pouvoir parler, se voir que pour te raconter ces 4 mois à l’Alto… le boulot, les voyages, la découverte d’un monde, les rencontres : les amitiés qui naissent, les amours impossibles… il me faudrait déjà vingt minutes pour te parler des vêtements des femmes, jupes longues et larges, trois kilos de laine multicolore et un chapeau à cylindre.
Tu me dis « ne fût-ce que quelques lignes »… impossible. On ne peut pas décrire un lieu en quelques lignes. Encore plus pour El Alto, qui est une réalité unique, complexe. C’est la ville la plus jeune et la plus haute de Bolivie. Quelques fermes il y a trente ans. Maintenant, un million d’habitants à 4200 mètres. Et ça continue de grandir, les maisons en adobe ou briques selon les moyens poussent comme des champignons. Il y a une université, un complexe sportif et en quarante minutes de minibus tu es au centre de La Paz. Ces minibus mériteraient une description à part. Surtout la décoration. Ça comprend un drapeau de la vierge de Copacabana, des floches de couleurs variées, des autocollants invitant à la politesse et un poster du Football Club Bolivar. Le tout avec dix-huit passagers pour une camionnette.
« Décris ce que tu fais »… facile à dire. Chaque jour c’est différent. Il y a d’abord les jours où il pleut, il fait froid et tu casses la chaine du vélo en pleine rue. De quoi te mettre de mauvaise humeur. Tu arrives à la maison avec un croquis entre le pittoresque et l’illisible et cette brave dame n’est pas là. Tu râles. Le soir, les élèves arrivent en retard, tu râles. Sale journée dans un bièsse pays. Heureusement, la saison des pluies s’est achevée, du coup le matin tu te réveilles, un bon gros soleil idéal pour la lessive. Tu t’es levé tôt , t’en profites pour prendre vite fait un bus, marcher une demi-heure dans l’Altiplano tout vert, vue sur la Cordillère à la clef, avant de redescendre en ville. Tu arrives à la maison du jeune, c’est une élève, tu es invité à manger avec toute la famille. Au cours, tes trente « mal de cabeza » préférés captent vite et bien. Tu les récompenses, on écoute de la musique…. Avant de dormir, tu vas jouer au volley avec quelques voisins. Belle journée dans un pays merveilleux.
Les cours d’anglais… une affaire. En rhéto, lors des cours d’anglais mon passe-temps favori était de molester une jeune fille rousse et rieuse à coups de bouts de gommes dans les cheveux. Elle me rendait la pareille en écrivant des insultes japonaises dans mes bouquins. Tout ça pour te dire Béné que si j’ai toujours aimé pouvoir communiquer avec des personnes d’autres cultures, je n’ai jamais eu un grand respect pour mes profs de langue… j’ai dû changer mon opinion, et tu sais que je n’aime pas ça. Enseigner est une tâche délicate, complexe, il faut penser à tout, grammaire vocabulaire prononciation pédagogie compréhension… Et les jeunes sont exigeants avec ça, ils veulent apprendre et en redemandent... C’est pour moi un privilège immense de pouvoir expérimenter ça, apprendre sur le tas à enseigner.
Puis il y a aussi les activités annexes pour aider au bon fonctionnement de la maison, des petites choses de rien du tout mais qui m’enlèvent du temps pile poil quand je voudrais de tout mon cœur (hihihihi) écrire cet article. Genre vernir des chaises (et c’est pas un institut de quinze élèves…), aller en bas en ville faire des papiers (suis devenu spécialiste, j’ai réussi à faire décerner un visa américain à une indienne Aymara semi-analphabète et, sans fausse modestie, c’est un exploit diplomatique), préparer l’éclairage de la fête (je ne sais rien mais rien d’électricité, le prof arrive, me met deux fils en main, me dis « connecte-les, tu veux ? » et s’en va… je sais toujours pas pourquoi les plombs de la ville n’ont pas sauté), grimper sur le toit accrocher des ballons…
Bref, c’est pas pour être désagréable mais c’est pas que je veux pas écrire, c’est que je PEUX pas. Je vais bien, vis une expérience très intéressante, mais n’ai pas le temps matériel pour pondre ce fameux article…
D’accord, j’avoue que quand j’ai le temps, je préfère sortir, me promener. C’est plus intéressant pour un jeunot que de s’asseoir devant un ordinateur pour écrire un truc qui ne sera jamais qu’un aperçu partiel, incomplet et subjectif de ce qu’il fait et ressent. Je préfère aller danser la cumbia, connaître le lac Titicaca (énoooorme, bleu, superbe), le Nevado Chacaltaya (énoooorme, blanc, superbe… juste que je ne raconterai pas à ma maman de la pente de glace sans piolet et en basket ni de la tempête de neige finale), Tiwanaku et ses ruines, Cochabamba, la Muela del Diablo, pic rouge volcanique dans un décor de cactus… sans compter que je me fais un devoir de découvrir la cuisine locale… ils ont des patates noires « déshydratées », toutes petites, de la viande de lama, des fruits tout roses tout bizarres gros comme un citron. Je mange donc énormément, souvent par curiosité et pure gourmandise. Ça m’a valu pas mal de désagréments intestinaux, mais je persévère et tâche de m’habituer… sur ces notifications de la plus haute importance pour tes lecteurs je n’en doute pas, il me faut te quitter.
Voilà, désolé pour la réponse négative, un grand bonjour à toi, aux enfants, aux éducateurs et aux soeurs de Ganshoren, à Nathalia et Géraldine.
Davide
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